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GENERATION DE DEPARTEMENTS SYNTHETIQUES

ASSISTEE PAR ORDINATEUR

 

 

 

 

 

 

Eric MILLER-PRAT

Directeur de l'Institut de 'Patagéographie Informatique

Strasbourg-en-Bresse (Bas-Ain)

 

 

Pour télécharger la version Word (au format RTF) de ce document, cliquez ici

 

 

 

Résumé

 

Cette étude a pour objet la création de nouveaux départements français à partir du matériel existant. Après une étude analytique approfondie, nous présentons les règles de synthèse obtenues. Ces règles sont ensuite appliquées à la phase de synthèse. Les résultats obtenus à ce jour sont très encourageants. Un nombre très important de départements ont pu être synthétisés. Notre méthode permet aussi la redécouverte de départements fossiles.

 

INTRODUCTION

 

Cette étude a été entreprise à l'occasion du bicentenaire de la création des départements français. Elle fait suite à une discussion animée et fructueuse avec un collègue (et néanmoins ami) au cours de laquelle nous avions commencé un recensement partiel des possibilités de génération de départements synthétiques[i].

 

Nous avons ici cherché à énumérer tous les départements synthétiques pouvant être obtenus à partir du matériel et des règles existants. Il va de soi qu'une modification de ces hypothèses de travail permettrait sans doute d'obtenir d'avantage de départements, mais ceci dépasse le cadre que nous nous sommes fixé et fera l'objet de dix-sept publications à paraître au cours des années à venir

 

HISTORIQUE

 

Des recherches approfondies montrent l'utilisation de départements synthétiques dans la littérature française dès la fin du siècle dernier.

 

Parmi les auteurs les plus prolifiques, nous noterons:

 

·      Alphonse Allais (Haute-Toucque[ii], Yonne-Inférieure[iii], Seine-et-Eure[iv])

·      Christophe (Saône-Supérieure)[v]

·      San Antonio (Cher-et-Tendre)[vi]

·      Guy Konopnicki (Indre-et-Marne)[vii]

·      2éme DB (pseudonyme?) (Rhin-et-Danube)[viii].


ANALYSE

 

Avant de passer à la synthèse proprement dite, il convient bien entendu de procéder à l'analyse de l'existant.

 

Cette étude a porté sur l'ensemble des départements métropolitains, tels que des générations les ont apprises sur les bancs de l'école primaire. Nous avons délibérément choisi d'ignorer des élucubrations récentes comme Haute-Corse ou Côtes d’Armor ou Val de Marne.

 

Une campagne de recherche longue et fastidieuse nous a permis d'identifier les constituants élémentaires ainsi que les règles de construction.

 

Constituants élémentaires

 

L'analyse des noms des départements montre qu'ils ont été créés à partir de toponymes qui leur étaient antérieurs.

 

Les toponymes utilisés peuvent être regroupés en trois grandes familles:

 

·      des noms de cours d'eau (Ain, Loire, etc.)

 

·      des noms de montagnes (Alpes, Cantal, etc.)

 

·      des noms de provinces, de régions, etc. (Côtes-du-Nord, Landes, Vendée, etc.). Le Territoire-de-Belfort sera rattaché à cette catégorie bien que complètement atypique, car sous-produit de la guerre de 1870 (cf. ci-dessous).

 

On notera que cette dernière catégorie présente une hétérogénéité certaine qui autoriserait une subdivision plus poussée. Ceci ne sera pas le cas ici, mais pourrait ouvrir la voie à d'autres travaux.

 

Définitions

 

Par analogie avec la chimie, nous appellerons:

 

·       isotopes : deux départements partageant le même toponyme (par exemple Savoie et Haute Savoie).

 

·       isopotames : deux départements partageant le même nom de cours d'eau (par exemple: Loire et Indre-et-Loire)

 

·       isoores : deux départements partageant le même nom de montagne (par exemple: Hautes-Alpes et Alpes-Maritimes)

 

Méthodes d'analyse

 

Les méthodes utilisées feront l'objet d'une publication détaillée.[ix]

 

Les départements isopotames ont été séparés par distillation fractionnée.

 

Les départements isotopes et isoores ont été séparés par les méthodes classiques (centrifugation).

 


REGLES DE CONSTRUCTION

 

Altération des toponymes

 

Les toponymes peuvent être modifiés par

 

·      des adjectifs relatifs à l'altitude ou à la position au fil de l'eau: haut, bas, autrefois inférieur

·      des qualificatifs liés à la position géographique: atlantique, maritime, bouches du,  etc.

·      On notera que, dans la plupart des cas, ces qualificatifs ont dérivé de qualificatifs issus de la classe précédente et jugés péjoratifs par les habitants: Charente-Inférieure devenant Charente-Maritime, etc.

 

NB : Dans cette phobie de l'infériorité, on distinguera deux cas extrêmes:

 

à      Le Bas-Rhin dont les habitants ou les notables n'ont apparemment pas encore la grosse tête

à      Les Alpes-de-Haute-Provence, anciennement Basses-Alpes, remarquables par le retournement complet de situation, le bas devenant haut.

 

Addition de toponymes

 

Dans le cas particulier des cours d'eau, le nom d'un département peut être obtenu par addition des noms de deux cours d'eau (par exemple: Seine-et-Marne), voire du même (Deux-Sèvres). La difficulté principale réside dans la détermination de la règle définissant l'ordre d'addition.

 

Les départements composés sont les suivants:

 

à      Eure-et-Loir

à      Ille-et-Villaine

à      Indre-et-Loire

à      Loir-et-Cher

à      Lot-et-Garonne

à      Maine-et-Loire

à      Meurthe-et-Moselle

à      Saône-et-Loire

à      Seine-et-Marne

à      Seine-et-Oise

à      Tarn-et-Garonne

 

Aucune règle ne surgissant spontanément de cette liste, nous avons été amenés à émettre des théories et à les confronter à l'expérience.

 

Théorie alphabétique:

 

Sur l'échantillon observé, la répartition est de 45% en ordre alphabétique et de 55% en ordre inverse, ce qui est très proche d'une répartition au hasard.

 

Théorie hiérarchique:

 

Sur l'échantillon observé, la répartition est de 55% en ordre affluent -> afflué, 18% en ordre inverse, et de 27% sans relation. On notera, de plus, que cette règle serait difficilement généralisable à l'ensemble des cours d'eau qui nous intéressent.

Théorie des longueurs:

 

Sur l'échantillon observé, la répartition est de 82% en ordre de longueur croissante et 18% en ordre inverse. Qui plus est, ces deux exceptions peuvent très bien s'expliquer quand on observe que le fleuve exceptionnel est la Seine. Jusqu'où le parisianisme ne va-t-il pas se loger ?

 

Cette dernière théorie représentant le mieux à l'expérience, nous choisissons de la prendre comme règle de synthèse.

 

Comme pour toute théorie scientifique, il va de soi que si quelqu'un élabore une théorie s'approchant davantage de la réalité, nous ne l'adopterons qu'après avoir épuisé tous les arguments que nous pourrons lui opposer[1].

 

Règle de synthèse

 

La règle choisie pour l'addition des cours d'eau est donc la suivante:

 

Les noms des cours d'eau seront classés par ordre de longueur croissante,

sauf en ce qui concerne la Seine qui sera toujours en tête.

 

Pour les cours d'eau partagés avec des pays étrangers, on prendra en compte la longueur de la partie située en territoire français ou frontalière. 

 

SYNTHESE

 

DEVELOPPEMENT DES OUTILS DE SYNTHESE

 

Une fois déterminés les constituants de base et les règles de construction des départements naturels, notre centre informatique a développé un programme qui génère et dénombre les départements synthétiques.

 

Le développement et les tests ont duré environ une journée.

 

UTILISATION DES OUTILS

 

Le temps de calcul est d'environ 2 mois, 4 jours, 17 heures, 22 minutes et 18 secondes sur le CRAY-2 de l'institut.

 

Le portage sur PC, par un stagiaire, a permis de réduire ce temps à 4 minutes 52 secondes[2].

 


DISCUSSION DES RESULTATS

 

Les départements obtenus sont au nombre de 1599, y compris les 90 départements naturels.

 

Le fait que les départements naturels soient retrouvés dans leur ensemble permet de vérifier la bonne implémentation des règles de synthèse dans le programme informatique.

 

Nous montrons donc que le nombre de départements français pourrait donc être multiplié par 17,76 sans apport de matériaux nouveau, ni changement de quelque règle que ce soit.

 

On notera que le facteur multiplicatif multiplié par 100 donne la date de la Révolution Américaine.[3]

 

La liste de ces départements figure en annexe. voir la liste complète la même en format Word RTF

On notera que:

 

·      l'on voit réapparaître deux départements fossiles :

 

à      la Meurthe, disparu depuis 1871, (Tous en choeur: "Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine ...")

à      le Rhône-et-Loire, ancêtre commun des départements du Rhône et de la Loire (créés pour punir le manque de zèle révolutionnaire des habitants de Lyon)

 

·      notre méthode permet de prédire l'apparition de la Haute-Corse, créée après la date retenue pour l'établissement de notre liste de base.

 

·      certains départements synthétiques ont un goût de "déjà entendu", comme, par exemple, Maine-et-Oise, Saône-et-Loir, Marne-et-Garonne ou encore Aisne-et-Marne.

 

·      l'on voit apparaître des noms sympathiquement exotiques comme Ardennes-de-Haute-Provence dont la sonorité méditerranéenne pourrait, associée à une bonne campagne promotionnelle, relancer le tourisme dans cette région peu favorisée par le climat.

 

·      Certains départements appellent tellement le calembour que nous ne résistons pas à ce plaisir (Seine-et-Oise):

 

à      Deux-Eures (-et-Gard)

à      Aude-et-Villaine (seulement si votre petite cousine s'appelle Aude)

à      Gironde-et-Villaine (paradoxal, non?)

à      Deux-Rhins (préfecture Foix, ... trois raisons de boire Contrexéville)

à      Haut-Gard (préfecture Tammanrasset)

à      Cher-et-Allier (en Auvergne, à moins que cela ne soit dans la Beauche)

à      Deux-Moselles (préfecture Rochefort ou encore Avignon)

 

CONCLUSION

 

Nous avons montré que, sans changer ni les constituants ni les règles, il est possible d'augmenter considérablement le nombre de départements français, et par conséquent, la grandeur et le rayonnement de notre beau pays.

 

Le dossier est maintenant sur la place publique. Il appartient aux pouvoirs publics d'assumer leur responsabilité.
REFERENCES

 

 



[1] fussent-ils de mauvaise foi

[2] On notera que l'informaticien de l'institut s'est, depuis, reconverti dans la promotion immobilière dans la région du Lubéron

[3] Un poste de chercheur en numérologie sera prochainement créé au sein de l'institut pour étudier les implications historico-socio-politico-culturelles de cette relation



[i] Einstein Emile : communication privée Février 1974

[ii] ALLAIS Alphonse, "Pétition", Oeuvres Anthumes, Collection Bouquins

[iii] ALLAIS Alphonse, "Monsieur le curé", Oeuvres Anthumes, Collection Bouquins

[iv] Je ne devrais pas laisser ma fille jouer avec mes notes

[v] Christophe, "Le sapeur Camembert", Le Livre de Poche

[vi] Je l'ai trouvé dans le Dictionnaire San Antonio, mais j'ai déjà oublié où

[vii] KONOPNICKI Guy, Des Papous dans la Tête, France Culture, 6 Janvier 1991

[viii] Voir note 4

[ix] MILLER-PRAT Eric, Techniques de séparation isotopique départementale, Masson Editeur (à paraître)